À Nazareth, un petit village de Galilée, Myriam découvre qu’elle est enceinte, souillant sa famille de son infamie : elle est reniée par son père. Ainsi débute ce long récit qui évoque la courte vie sur terre de Yeshua bar Yosef (Jésus, le fils de Joseph). De son enfance — de la verte Galilée à l’aride Judée — on sait peu de choses, mais c’est très jeune qu’il se passionne pour les écritures sacrées. À 26 ans, il commence à prêcher auprès de ses contemporains, persuadé qu’un grand destin lui est promis. Une vie d’errance en compagnie de son cousin Johanan, lui permet de rencontrer philosophes, astrologues, médecins… mais aussi ceux qui vont devenir ses disciples. Son influence sur le peuple, qui en fait son guide — il est considéré comme guérisseur, faiseur de miracles —, inquiète les religieux juifs orthodoxes et l’occupant romain. À Jérusalem, qui craint une révolte populaire, le destin de Yeshua de Nazareth est entre les mains du préfet Ponce Pilate… C’est en raconteur d’histoires chevronné que Jean-Charles Kraehn — l’agnostique — édifie cet album magistral, pétrid’humanisme. Tout en prenant quelques libertés avec les faits décrits par les quatre Évangiles du Nouveau Testament, il construit une fresque passionnante qui, malgré une vision personnelle, sans provocation ni blasphème, ne cherche pas à heurter les croyants. Ponctué de citations extraites des Saintes Écritures, son scénario raconte simplement l’histoire d’un homme qui, au fil des rencontres, se considère comme l
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On les découvre donc, endiablés, encourageant les cavaliers qui, a cru, galopent à toute vitesse dans les ruelles, non sans s’affronter vigoureusement, s’empoignant même, multipliant les risques de chute. C’est une « galopade effrénée » , une « joute brutale où rien n’est proscrit » sur des chevaux « plus fauves que paisibles herbivores » pour reprendre les termes du narrateur. Par chance, c’est le tonton qui gagne : un oncle qu’ils vont rencontrer et qui découvre là deux neveux, que par esprit de famille très italien, il invite chez lui, au haras, l’été suivant. Ce qui n’est pas du goût du père ! Passer leurs vacances chez le cousin, c’est d’abord exclu, car il a tourné la page depuis longtemps avec sa famille. La famille, c’est le sujet central de cet album : l’esprit de famille, la vie de famille, les liens familiaux, ce qui se lie, ce qui se délie, se délite… La matière est inépuisable, à la fois la même pour tout le monde et jamais semblable aux autres ! Le lieu de l’ordre et du désordre, de l’amour et des désamours ! Chez les Montefiore, c’est tout cela et c’est ce que vont découvrir les neveux, le « vortex spatio-temporel » de Giorgio, leur père. Un retour aux sources qu’il ne souhaitait vraiment pas ne pas être reconfronté à ses souvenirs, à ses faiblesses d’antan, alors qu’il fait le choix depuis d’élever ses enfants avec des valeurs bien différentes. Andrea et Angelo, eux, découvrent avec le cousin cet univers équin, les écuries, l’élevage des chevaux, ses contraint
C’est 26 ans après la création d’« Andy et Gina » — sa BD phare dans Fluide glacial —, qu’Olivier Morel, dit Relom, nous propose encore une saga familiale féroce et bien givrée, évidemment prépubliée, elle aussi, dans le mensuel d’ « Umour et bandessinées » (1) ! Il s’attaque ici à un sujet vieux comme le monde — les joies, les névroses et les petits arrangements de la vie de famille —, avec cette manière bien à lui de pousser le curseur de l’humour jusqu’à l’absurde. Lenny est donc un élève plutôt tranquille, mais qui va pourtant finir par suivre des séances de thérapies chez une psychologue. Logique : lorsqu’un enfant ne va pas bien, c’est forcément lui qu’il faut soigner… Sauf que la spécialiste va rapidement comprendre que le garçon n’est peut-être pas le principal problème. Entre une petite sœur incontrôlable et particulièrement portée sur la violence, des parents dépassés et bien perchés, une grand-mère qui ne suce pas que de la glace ou un tonton qui devient tata, Lenny se retrouve paradoxalement dans la position du personnage le plus raisonnable… donc du plus mal loti. Alors, si quelqu’un doit suivre une analyse, autant commencer par toute la famille ! C’est là toute l’efficacité de Relom (2) : partir d’une situation parfaitement identifiable pour la faire doucement — puis franchement — dérailler, passant le quotidien à la moulinette de l’ironie. Le ressort comique fonctionne d’autant mieux que ce créateur d’autres bandes dessinées à l’humour corrosif jamais gratuit —
Entré directement à la 1 re place du palmarès BD, « Nestor Burma T14 : Nestor Burma dans l’île » est signé François Ravard. Cette nouvelle adaptation, publiée aux éditions Casterman, prolonge l’univers du détective imaginé par Léo Malet et popularisé en bande dessinée par Jacques Tardi. Une fois n’est pas coutume, le détective « qui met le mystère K.O. » quitte son terrain de jeu parisien habituel pour une enquête qui le conduit sur l’île bretonne (et fictive) de Men-Bahr… Lire : « Nestor Burma dans l’île » : une adaptation fidèle, mais suffisamment personnelle pour donner un nouveau souffle à la série ! . Deuxième nouveauté du classement et 2 e tout court, « Le Clan de Walden » permet à Catherine Meurisse de rejoindre immédiatement le haut du palmarès. Publié chez Dargaud à hauteur de 75 000 exemplaires, l’album se situe en 1845, quand Henry David Thoreau s’installe près de l’étang de Walden pour vivre simplement au contact de la nature. Avec des animaux et quelques alliés, il entreprend de défendre ce lieu, lorsqu’un projet de barrage vient le menacer… Lire : « Le Clan de Walden » : les prémices de la pensée écologiste vues par Catherine Meurisse… . À ce propos, signalons la parution simultanée de « Catherine Meurisse sur le pont des Arts » : un très intéressant recueil d’entretiens réalisés avec Thierry Groensteen, publié aux éditions Glénat. L’autrice y revient sur son parcours de dessinatrice, incluant son entrée à l’Académie des beaux-arts (une première notable pour le
Des Génois sans-gênes... (planches 1 à 3 - Delcourt 2026). Monaco : son casino ? Son Grand Prix ou ses yachts ? Non, mais cependant déjà le Rocher et les Grimaldi. En l’occurrence, Lucien de Monaco (Luciano Grimaldi) : souverain des lieux depuis 1505… après avoir assassiné son frère, Jean II ! Les amateurs de bandes dessinées historiques se souviendront peut-être d’avoir déjà croisé ce personnage tourmenté dans l’album « L’Histoire de Monaco » (par Marc Bourgne), titre publié par Dargaud en 1997. Pour les auteurs du présent ouvrage, l’aventure fut véritablement au long cours, car… débutée au début des années 2020. Initialement prévue sous forme de diptyques, « Assiégés » réclamait un important travail scénaristique et graphique : Germano Giorgiani commença ainsi le dessin du premier volume à la fin de l’année 2021, sans connaître le calendrier éditorial officiellement retenu. Naturellement, les délais s’allongèrent encore quand l’éditeur opta pour la réunion des deux tomes en un seul (toutefois divisé en deux actes). Patience et longueur de temps… Encrage (source : FB de G. Giorgiani). En matière d’Histoire, précisons que, depuis le XIV e siècle, la république de Gênes, grâce à un commerce maritime florissant, avait érigé un véritable empire en Méditerranée et mer Noire. En conflit avec Venise, Gênes s’était cependant résolue à demander l’appui de la France (au milieu du XV e siècle) et de Milan. À partir de 1499, l’intervention de Louis XII en Italie renforce l’autorité fran
Folker Kuntz est un publicitaire qui vit de manière insouciante ! Il sort tous les soirs après le travail : boit, danse, flirte, plaisante… et tombera amoureux fou de sa voisine, laquelle se produit dans un cabaret. Sa sœur, elle, est artiste et est en couple avec un homme noir ayant fui la ségrégation américaine. Pendant ce temps-là, l’époque se durcit : la crise est là, ainsi que la violence physique. Au détour d’une rue, Folker croise Rudy Ganz : un jeune gars dont il sauve la vie et qui va l’entraîner dans un univers politique auquel il ne prêtait, jusque-là, qu’une attention distraite. Car il n’est pas du tout le héros clairvoyant qui aurait compris avant tout le monde : il ne fait qu’observer et, s’il lui arrive de douter, il détourne souvent les yeux. Cependant, il va finir par vraiment s’interroger sur la portée de son geste, se rendant compte, de discussions de cabaret en soirées privées du NSDAP, que le nazisme commence à prendre de plus en plus de place… et que les fondements de la société semblent s’ébranler. Toutefois, la force de ce dérangeant « L’Enfance des ruines » n’est pas de raconter la montée du fascisme, mais de montrer comment un pays peut continuer à fonctionner, alors qu’il est déjà profondément malade : nous renvoyant, ainsi, à notre actualité politique… Le point de départ de cet album humaniste, qui ne cherche en aucun cas à nous asséner une leçon de morale, mais qui nous laisse quand même un drôle de goût dans la bouche, est une carte de vœux gravé
Mathilda est toute excitée par sa rentrée au collège. Elle va découvrir un tout nouvel établissement, avec sa meilleure copine Pola. Pas de chance pour les deux amies, ce sont leurs parents artisans qui les déposent devant leur salle de cours. Comme ils sont fabricants de chaussettes ou plombiers, leurs camionnettes sont recouvertes d’une énorme chaussette ou surplombée par un gigantesque marteau. De quoi subir les quolibets de camarades de classe issus d’un milieu bourgeois. Mais ce désagrément est vite oublié une fois rentrées dans un collège fraichement réhabilité. Le principal leur annonce l’ouverture d’une classe de magie avec des professeurs venus d’un autre monde, par l’intermédiaire d’un miroir magique. Elfes maléfiques ou combattants barbares promettent des cours passionnants. Malheureusement tout le monde ne pourra pas assister à leurs enseignement, il faut des valeureux travailleurs dans les bureaux : ce seront les meilleurs élèves et ceux qui portent des lunettes comme Matilda et Pola. Quelle désillusion pour les jeunes filles qui doivent suivre le programme national : grammaire, arithmétique, orthographe, géographie, etc… Quelques mois passent dans la triste réalité de cours ennuyeux et d’une cantine banale, pendant que d’autres apprennent la magie et se régalent le midi à la cantine des lutins. Les élèves favorisés narguent la classe des « bigleux » quand ils partent en « colo » dans le monde magique avec notamment une escape game dans un fromage, une fois minia
Tout commence en Suisse en 1799 avec la naissance de Rodolphe Töpffer, inventeur d’un genre artistique nouveau : les « histoires en estampes » , ancêtres de nos bandes dessinées. Au fil des années, en Europe, mais aussi aux États-Unis, nombreux sont les dessinateurs qui poursuivent l’œuvre de l’initiateur : Nadar, Gustave Doré, Wilhelm Busch, Caran d’Ache, Charles H. Ross… Les premiers héros voient le jour : The Yellow Kid, Max und Moritz, La Famille Fenouillard, Little Nemo, The Gumps, Krazy Kat, Barney Google, Winnie Winkle, Bécassine, Les Pieds nickelés, Zig et Puce… Un copieux chapitre est consacré à l’affrontement entre les deux magnats américains Joseph Pulitzer et William Randolph Hearst, d’autres à Windsor McCay, à Richard Felton Outcault, à Alain Saint-Ogan et Hergé, aux héros de l’âge d’or américain, au miracle belge de « Tintin » à « Spirou », aux bandes dessinées britanniques et italiennes, aux super-héros, à Osamu Tezuka et au manga, à Hugo Pratt, à l’ underground , à René Goscinny et à Pilote… Autant d’étapes importantes dans l’histoire de la bande dessinée. Les auteurs survolent — non sans humour — les grandes heures du média, lorgnant plus volontiers les auteurs et séries incontournables destinés à un lectorat intellectuel curieux et branché. On peut regretter l’absence de la riche bande dessinée française d’après-guerre : les revues de poche aux tirages fabuleux qui ont dominé le marché français pendant trois décennies, Marijac (l’homme-orchestre de l’édition
Bien que nos rencontres depuis quelques années se soient faites plus rares, Rodolphe était un ami depuis plus de 50 ans : un homme sur qui on pouvait compter. Il s’en est allé le 23 septembre, à Colombes. Son absence est déjà insupportable… Né le 18 mai 1948, à Bois-Colombes, en banlieue parisienne, Rodolphe Daniel Jacquette débute comme professeur de lettres après avoir obtenu une maîtrise à la faculté de Nanterre. Souhaitant découvrir d’autres univers, il devient gérant de la librairie Satan and Co où, en 1975, il rencontre Jacques Lob, lequel lui donne le virus de la bande dessinée. Tout en écrivant ses premiers scénarios — signés sous son seul prénom —, il poursuit cette activité à la fameuse librairie Temps futurs du regretté Stan Barets. La même année, il crée la luxueuse revue Imagine qui voit débuter la première mouture de « La Quête de l’oiseau du temps » de Serge Le Tendre et Régis Loisel et sa première histoire avec un certain Jean-Claude Floc’h. Déjà le flair pour débusquer de futurs talents ! Hélas, la revue cesse de paraître au troisième numéro. « Légendes de l’éclatée » avec Michel Rouge dans (À suivre), en 1978. Ses premiers scénarios professionnels sont publiés en 1978 : des récits complets publiés d’abord avec Jacques Ferrandez dans ( À s uivre) , puis avec Michel Rouge (« Légendes de l’éclatée ») et Loisel dans Métal h urlant ou avec Annie Goetzinger dans Pilote . Il publie ses premiers albums dès 1979. Un long chemin, parfois difficile, qui prend fin aujou
Au départ, un enlèvement, celui de Jacob Montsouris, revendiqué par une organisation secrète et mystérieuse : le Panthéon. Sa femme n’a pas l’intention d’en rester là : elle part à sa recherche et fait équipe avec deux amies, non moins singulières : l’aventurière Jeanne Batignolles et Constance. Un trio de choc et de charme ! Ces femmes sportives, fougueuses et talentueuses sont en plus très belles. Toutes les trois fouillent tous les recoins de Paris : ce qui nous vaut des décors qu’on regarde attentivement, l’œil n’en finissant pas de puiser les détails, autant pour les monuments(Tour Eiffel et ambiances urbaines du Paris haussmanien, celui des rues pavées et des petits commerces) que pour les tenues vestimentaires. Sans oublier les éléments steampunk : automobiles futuristes et zeppelins mêlés, le dessinateur tenant à créer de Paris dans « une vision alternative, plus idéale et fantasmée » . Le pari est très réussi, d’autant que l’aventure est au rendez-vous, rythmée, endiablée même ! De l’action, du spectacle, du rebondissement, cette aventure est en effet menée tambour battant par ces trois femmes pleines de ressources. L’ambition des auteurs est d’offrir un grand moment d’action – voire d’humour – dans un graphisme et des couleurs époustouflantes. « C’est la rencontre entre Jules Verne et Lara Croft » , comme disent les auteurs. Voilà un album indiscutablement magistral ! Didier QUELLA-GUYOT Sur BDzoom.com : http://bdzoom.com/author/DidierQG/ Sur L@BD : https://basenati
En septembre 1968, Nestor Burma rejoint Men-Bahr — une île fictive située au large de la Bretagne —, après avoir reçu le télégramme pressant d’une ancienne cliente, très malade, qu’il a connue dix ans plus tôt, lors d’une précédente investigation où il avait tiré son neveu d’un mauvais pas. Hélas, à son arrivée, Burma apprend qu’elle vient de décéder : de mort naturelle, selon son médecin traitant… Pas vraiment convaincu, notre détective, guidé par son flair et son goût du mystère, ne tarde pas à soupçonner une affaire bien plus trouble qu’il n’y paraît. Personnages ambigus et traquenards divers vont, bien entendus, être au rendez-vous, mais même s’il conserve les ingrédients classiques du polar franchouillard, François Ravard (2) ne se contente pas d’en reproduire les codes et réussit, ici, à prolonger de façon assez originale l’univers fortement marqué par Malet et Tardi. Certes, la silhouette de son Burma nous est tout de suite familière (sans parler de ses bons mots, de son ironie et de son assurance), mais le lecteur est pourtant aussitôt dépaysé, car le détective est indissociable de Paris, dont il a arpenté les rues, les quartiers populaires ou les zones interlopes… Le transporter dans l’espace clos d’une île bretonne, où chacun observe son voisin et où les déplacements sont limités, permet de resserrer cette histoire atypique dans un environnement inspiré des paysages de la ville de Dinard — où vit le dessinateur (qui est donc, ici, également scénariste) — et, ainsi,
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